Dans leur dernier ouvrage (« L’entraide, l’autre Loi de la Jungle », les Liens qui Libèrent, 2018) P. Servigne et G. Chapelle démontrent, preuves scientifiques à l’appui, que l’entraide, la coopération et la solidarité jouent un rôle déterminant dans l’évolution comme chez les humains.

Première idée fausse : déclarer que la compétition est naturelle, et c’est la seule loi du monde vivant.
Deuxième idée fausse : affirmer qu’il est bon que notre société se soumette à cette « loi ». Les gens sont persuadés que la nature – et par extension la nature humaine – est compétitive, égoïste et violente. Ce n’est qu’une croyance qui s’enracine dans l’histoire : celle de l’institutionnalisation de la compétition, avec la montée en puissance du néolibéralisme depuis un demi-siècle ; celle, corollaire d’une idéologie basée sur la croyance que le monde sauvage est forcément égoïste et sanglant.
Troisième idée fausse : proclamer que l’homo oeconomicus, rationnel et égoïste, existe et reste le moteur de l’économie. Les économistes jouent dans leur bac à sable et refusent de regarder la réalité en face.

En réalité
Non seulement la compétition poussée à l’extrême est invivable pour les individus et dangereuse pour la survie d’une société, mais c’est bel et bien l’entraide qui joue un rôle majeur dans l’évolution biologique et dans les interactions entre les êtres vivants.
Des humains aux champignons, du phytoplancton aux arbres, en passant par les animaux et les bactéries, plus le milieu est hostile et difficile, plus l’entraide émerge. Inversement, plus le milieu est abondant et riche, plus la compétition se déploie. Dans la nature, ceux qui ne s’entraident pas meurent les premiers. Ceux qui survivent ne sont pas forcément les plus forts, ce sont ceux qui s’entraident.
Pour les auteurs, tout cela est logique. « Le fait de vivre dans l’abondance permet le luxe de pouvoir dire à son voisin : « Je n’ai pas besoin de toi, je peux vivre seul. » L’individualisme est vraiment un luxe. Seule notre époque démesurément riche grâce aux énergies fossiles a pu développer de tels niveaux d’individualisme. La richesse crée le sentiment d’indépendance, ce qui est très toxique à long terme pour la vie sociale, et pour la vie en général ».

Il ne faut pas rejeter la compétition pour autant
Un excès de cohésion du groupe peut générer des phénomènes d’exclusion de ce qui n’appartient pas au groupe, une fermeture du groupe. Autrement dit, une ultra-coopération intra-groupe peut générer une ultra-compétition inter-groupes. Il ne s’agit donc pas de nier que la compétition existe dans la nature, ni qu’elle est efficace. Le problème est de l’institutionnaliser et de ne baser les rapports sociaux que sur elle.

L’âge de l’entraide
Il est bien plus sain et résilient de cultiver un sentiment d’interdépendance, avec les autres humains, et aussi avec les non-humains.
Selon eux, le problème n’est donc pas la pénurie qui arrive, car les humains savent gérer cela depuis des centaines de milliers d’années. Il est d’arriver dans les pénuries avec une culture de la compétition et de l’égoïsme.
En fait, nous redécouvrons un grand principe de l’évolution du vivant. Il est certain que les groupes les plus coopératifs survivront aux tempêtes, comme cela a été le cas pendant des millions d’années. P. Servigne et G. Chapelle pensent que les tempêtes qui arrivent annoncent tout simplement la fin de l’individualisme. Ils nous rappellent que l’espèce humaine est ontologiquement sociale et que les systèmes d’entraide existent déjà depuis fort longtemps : école, coopératives, syndicats, protection sociale, Etats, etc. Conclusion : il faut ôter les lunettes de la compétition à outrance pour chausser celles de la coopération et de l’entraide !

Rémi Sansaloni, professeur à Sup de Pub Lyon, nous fait partager son coup de cœur littéraire pour l’ouvrage « L’entraide, l’autre Loi de la Jungle »

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