Le comité du GIEC nous prévient depuis plusieurs décennies, la COP21 a été le point d’orgue d’une volonté politique qui s’est effritée sous la pression économique de l’exigence de croissance et sous le poids de la dette. Nous le savons, la situation ne devient pas grave. Elle est grave. Mais pas pour autant désespérée. 

A Bordeaux, nous avions décidé d’impliquer la génération qui risque d’être la première impactée par tous les problèmes engendrés par le réchauffement climatique, l’exploitation abusive du Big Data et les dérives de l’Intelligence Artificielle. Comment ? Par le biais d’un Think Tank, brandé sobrement « Le Labo d’Idées ». 

Et puis la crise sanitaire du Covid19 aurait pu nous pousser à annuler cette session. Faisant fi des difficultés, nos conférenciers ont tenu à maintenir leurs interventions. Un résultat enthousiasmant, riche en apprentissages et en productions. Focus sur un Think Tank au format inédit que sa réadaptation en format « online » n’a pas entamé. 

 

Au programme, 3 journées pleinement consacrées à l’acquisition de savoirs, à la réflexion, puis à la proposition de solutions protéiformes.

Pour entamer la première journée des conférences, Arthur Grimonpont, l’un des fondateurs des « Greniers d’abondance » (une association dont le but est d’étudier la vulnérabilité des systèmes alimentaires contemporains face aux bouleversements écologique, climatique et énergétique) a exposé aux étudiants diverses facettes du circuit alimentaire, les sensibilisant aux trajets longs, aux problématiques d’approvisionnement, et leur a proposé des solutions, viables, et déjà cooptées par l’agglomération de Toulouse. Les questions et les inquiétudes ont fusé après son intervention. Comment changer notre alimentation ? Que faire ? Quels sont nos pouvoirs ?

Après une pause déjeuner bien méritée, les étudiants ont eu le privilège d’entendre et de dialoguer avec Dorothée Browaeys, une figure importante du changement : Spécialiste des sciences du vivant, biologiste de formation, puis journaliste scientifique, fondatrice de l’association Vivagora et aujourd’hui dirigeante de Tek4life, qui s’emploie à accélérer la bascule vers une société réajustée aux milieux vivants. S’inspirant des trois écologies prônées par Guattari (le souci de soi, de son milieu, de l’Autre), elle a apporté aux étudiants une multitude de références (culturelles, artistiques, scientifiques) qui les a amenés aussi à entendre le principe de la triple comptabilité. Les liens entre le réchauffement climatique et les entreprises sont ténus, et ont été brillamment explicités par Dorothée Browaeys. Elle est aussi l’auteure d’un manifeste : L’urgence du vivant, vers une nouvelle économie, aux éditions François Bourin.

Le lendemain, pour une dernière conférence, les étudiants ont « rencontré » Benjamin Adler, ancien correspondant à l’étranger pour la presse française et suisse (Le Temps, le JDD, Le Matin, France-Soir, RFI, RTL, 24 Heures, INfluencia…) pendant 18 ans de sa carrière de  journaliste (Australie, Belgique, Etats-Unis), Benjamin Adler est aujourd’hui co-dirigeant de Détroit, une agence de communication créative et de conseil, déclencheuse d’inspirations et d’introspections, focalisée sur les nouveaux récits aux vertus positives pour notre société. Entreprise engagée pour la transition, l’agence s’engage pour des projets environnementaux et verse 5% de chaque marge nette à la protection de la planète via des associations partenaires. Benjamin vit dans un Earthship, géonef 100% autonome et zéro déchet, en Dordogne, que les étudiants ont eu la chance de visiter « virtuellement », découvrant ainsi les potentialités d’une maison totalement autonome en énergie. Une vision professionnelle incarnée par un parcours personnel hors-normes.


A la suite de ces conférences, nos étudiants en 2ème année de « Digital et communication » ont été amenés à choisir une entreprise éco-responsable et à développer une proposition de stratégie digitale, fondée sur un rêve personnel. Une compétition au format loin d’être traditionnel et dont l’ambition était de les éloigner de leur zone de confort. Les choix se sont ainsi tournés vers : Tookki, Time to Help, Coral Gardeners, Too Good to Go, Clear Fashion, Canbank, OTH Paris, et Bioseptyl. Riches de leurs enseignements, de la maîtrise des outils, les SP2 ont donc été à la hauteur de l’attente et ont développé des productions très pertinentes, dont voici quelques illustrations :


 

Une initiative qui met au cœur de l’action citoyenne et écologique la créativité et l’intelligence de la jeune génération.

Réunies autour de Verbatim, les réactions des étudiants furent unanimes : le format est innovant, riche, et source d’espoir :

Edgar : « Étant de nature plutôt pragmatique et pessimiste, ces interventions m’ont ouvert les yeux et m’ont rassuré quelque part. La conférence de Dorothée Browaeys m’a montré une autre manière de voir les choses et un tel élan d’optimisme et de conviction m’a fait du bien. Pareil pour l’intervention de Benjamin Adler, voir, écouter des gens qui ont fait le choix de dédier une partie de leur vie, de prendre l’initiative de lancer un mouvement, sans même savoir si ce dernier sera suivi mais juste parce qu’à leurs yeux c’est mieux. Ces personnes qui œuvrent sans savoir si tant d’investissement personnel payeront un jour, d’autant plus qu’ils n’attendent pas réellement quelque chose en retour, m’ont fait passer un moment riche. Merci d’avoir mis ces conférences en place ! »

Eloïse : « Nous avons tous pris conscience de l’ampleur et l’impact de notre société actuelle sur notre environnement, grâce aux conférences auxquelles nous avons pu assister ces deux derniers jours. Car c’est avec passion que les trois intervenants ont su choisir les bons mots pour toucher toute une génération. Nous avons entendu l’appel qu’ils nous ont fait. Nous avons compris les enjeux sociétaux et environnementaux pour le monde de demain. Mais surtout, nous avons réalisé que, pour chacun à notre échelle, il était possible d’agir pour le bien-être collectif. »

Clara : « L’idée de nous proposer ce laboratoire d’idées est une très belle initiative et, malgré les conditions particulières, je trouve que c’est une réussite. Les intervenants ont tous été captivants, passionnés et porteurs d’espoir, de solutions nouvelles pour la “bascule”. »

Laurie : « Je ne regarderai plus jamais les yaourts de la même manière. Arthur Grimonpont a réussi à me montrer le système alimentaire dans toute sa complexité. Depuis toujours je n’ai jamais aimé les légumes mais Benjamin Adler a su mieux que ma mère me donner envie d’y goûter. Le laboratoire des idées a été l’une de mes meilleures expériences digitales. Plongée dans l’univers écologique j’ai hâte d’y faire mes premiers pas. »

Myléa : « Ce labo m’a permis de réfléchir quant à ma manière de consommer et à l’impact que je pouvais avoir en tant qu’individu. Je pensais souvent à tort qu’à moi seule je ne pouvais pas changer grand-chose mais en voyant l’exemple et l’investissement personnel de chacun de nos intervenants je me dis que nous avons tous un rôle à jouer sur notre empreinte écologique et qu’il n’est pas trop tard pour changer sa façon de consommer. »

 

Sylvain Kornowski : Formateur depuis 25 ans en culture générale et techniques de rédaction le jour, écrivain la nuit, concepteur-rédacteur en agence quand il lui reste du temps, il lutte chaque année pour réinventer les pédagogies, les matières, les angles d’approche.



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